Quatre œuvres de Martial Raysse aux enchères


          Martial Raysse, né en 1936 à Golfe-Juan, est une figure incontournable de l’art contemporain français, reconnu pour son rôle fondateur dans le mouvement du Nouveau Réalisme aux côtés d’artistes tels qu’Yves Klein et Arman. Son œuvre se distingue par une audace formelle et une curiosité constante, mêlant culture populaire, références classiques et expérimentations plastiques. Raysse explore la lumière, la couleur et la figure humaine avec une liberté singulière, passant du néon au monochrome, de l’installation à la peinture figurative. Son style, à la fois jubilatoire et critique, interroge la société de consommation tout en magnifiant la beauté du quotidien. Il revendique une “peinture heureuse”, refusant le cynisme, et réaffirme le pouvoir émotionnel de l’art. Comme il le dit lui-même : « Je suis un peintre classique dans un monde barbare. » Raysse conjugue ainsi l’héritage des maîtres anciens avec l’impertinence des avant-gardes, traçant un parcours artistique aussi cohérent que visionnaire.
 

L’étude Saint Paul Auction proposera aux enchères le Dimanche 11 Mai quatre œuvres de Martial Raysse provenant de la collection France Cristini, artiste, première épouse et muse de l’artiste.



Lot 87 - Soleil d'Août sur le petit port, Beaulieu-sur-Mer, vers 1955-57

Réalisé à partir d’une pâte épaisse, ce tableau est caractéristique de la période de jeunesse de Martial Raysse où il élabore une peinture faite à partir d’un mélange de sable et de plâtre. L’œuvre date certainement des années 1955-57, où l’artiste aménage un atelier dans la cave de la maison familiale de Beaulieu-sur-Mer afin de réaliser des expériences sur la matière - matière qu’il caractérise de « haute pâte », et découverte dans l’œuvre de Jean DUBUFFET (1901-1985).
 


Photographie de Martial Raysse
dans son atelier de Beaulieu-sur-Mer

L’artiste y expérimente la matière à mains nus, se passant de l’intermédiaire classique du pinceau, élaborant alors une nouvelle manière de peindre, au plus proche de l’œuvre.



Comme le suggère son titre, cette peinture déploie une impression méditerranéenne baignée de lumière, où Raysse capte l'essence d'un instant suspendu. L'œuvre témoigne de l'ancrage de l'artiste dans son environnement niçois, tout en revendiquant une universalité esthétique.​

 




Lot 85 - Monochrome bleu outremer, 1958

Cette œuvre se caractérise à la fois par sa pâte épaisse - typique de la jeunesse artistique de Martial Raysse comme nous l’avons vu avec Soleil d’août sur le petit port (lot 87) – mais aussi par la profondeur de sa couleur : un monochromatisme pur. On retrouve en effet l’utilisation d’un bleu outremer aux pigments intenses qui fait écho aux recherches effectuées à la même période par l’artiste Yves KLEIN (1928-1962). C’est d’ailleurs en 1958, date de réalisation de cette œuvre, que les deux artistes font connaissance, par l’intermédiaire d'ARMAN (1928-2005). L’année précédente, Yves Klein avait commencé ses propositions sur le bleu outremer avec l’exposition à Milan de onze toiles recouvertes d’un bleu intense. Et c’est en 1960 que ses recherches aboutissent au dépôt du brevet de la technique de l’IKB, qui mêle pigment et liant synthétique. On retrouve également ce bleu caractéristique en fond de la Déclaration constitutive du Nouveau Réalisme signée le 27 Octobre 1960 par les membres du mouvement, dont Yves Klein et Martial Raysse. Enfin, preuve de l’amitié entre les deux artistes, Yves Klein avait entrepris entre 1962 le moulage du corps de Martial Raysse afin d’en faire un « portrait relief » recouvert d’IKB sur fond or. Pour Yves Klein : « le bleu n’a pas de dimension, il est hors dimension ».

Portrait relief de Martial Raysse, dit PR2
© Succession Yves Klein

                                                                                                                                               











 



 

Lot 86 - Tableau double face,1958


Ce tableau double face nous offre une expérience visuelle immersive au cœur de la production de jeunesse de l’artiste. Sur une face, nous retrouvons deux rectangles colorés posés en aplat, un bleu et un jaune dont l’intensité tend vers le doré. Tandis qu’au dos, nous retrouvons la pâte épaisse caractéristique des années 1950 posée sur une sous-couche bleu outremer qui fait écho à notre tableau monochrome (lot 85). L’originalité de cette face réside dans les incisions réalisées par l’artiste à même la matière de l’œuvre : Martial Raysse, deux fois, et Nice, comme une signature au plus profond de l’œuvre, révélée par ce bleu intense. On y retrouve deux tampons, en partie effacée mais semblant provenir des douanes de Nice, suggérant que l’œuvre a pu voyager, en Europe ou même jusqu’aux Etats-Unis où l’artiste a vécu entre 1963 et 1968, effectuant de nombreux allers-retours avec son épouse France.


 




Lot 84 - Dyptique à géométrie variable (portrait présumé de France Cristini), années 1960
 


Dès le début des années 1960, Martial Raysse oriente ses recherches artistiques vers la représentation du visage féminin, mettant en valeur ce qui le caractérise, comme une mèche de cheveux, une bouche pulpeuse ou un œil souligné de noir. Ce thème fait écho aux images stéréotypées diffusées par les magazines de l’époque et la publicité.

Notre portrait en diptyque est caractéristique de cette période Pop où il conçoit des techniques mixtes aux couleurs fortes. On retrouve ici un portrait féminin vu de profil qui s’étend sur deux toiles à fond bleu. La partie haute se concentre sur un œil ourlé de noir et une pommette saillante mise en valeur par l’utilisation du blanc, tandis que le reste du visage est traité en flocage de feutrine noir au toucher velours. Quant à la partie basse, son cadrage met en valeur les mèches de cheveux de la jeune femme ainsi que ses lèvres, donnant à l’œuvre une connotation toute sensuelle et provocante. Le tout se détache sur un visage aux tons rose et orange projeté à l’aérosol.

Cette division du portrait en deux toiles est à rapprocher de l’idée d’une « géométrie variable » mise en place par l’artiste et où chaque toile devient un « monde en soi ».

Enfin, cette œuvre matérialise les récentes découvertes de l’artiste lors de ses séjours aux Etats-Unis où il est confronté au Pop Art. Il découvre alors les nouveaux matériaux utilisés par les artistes, comme le flocage, le néon et la projection de peinture à la bombe. 

Si l’identité de la personne représentée n’est pas mentionnée, on peut supposer, compte tenu de la provenance de l’œuvre (ancienne collection France Cristini) qu’il puisse s’agir du portrait de sa muse et première femme, France, également artiste. On la retrouve en effet dans de nombreux portraits réalisés par Martial Raysse. 




 



 

À travers ces quatre pièces caractéristiques de ses périodes, Martial Raysse démontre sa capacité à dialoguer avec les courants artistiques de son époquetout en affirmant une démarche personnelle et novatrice.
Sa peinture, oscillant entre figuration et abstraction, entre tradition et modernité, continue d'inspirer et de fasciner les amateurs d'art contemporain.​

La vente aux enchères du 11 mai sera l'occasion de redécouvrir l'œuvre de cet artiste majeur, dont l'influence perdure dans le paysage artistique actuel.